Les inséminations intra-utérines dans les cas
de stérilités inexpliquées sont efficaces et permettent l’obtention de
grossesses. Elles doivent toutefois être menées de façon rapide et
au-delà de trois inséminations, la proposition de fécondation in vitro
(FIV) doit être rapidement faite. L’intérêt du nombre de spermatozoïdes
mobiles, qui semble poser les limites d’un tel recours, mais aussi celui
d’une morphologie du spermatozoïde satisfaisante sont abordés.
Le recours à l’insémination sous-entend un bilan féminin retenant des
trompes saines. L’indication de l’insémination pour un problème cervical
pur et isolé est bien sûr l’indication majeure de l’insémination
intra-utérine.
L’objectif de ce travail rétrospectif, fait dans le cadre du Centre
d’AMP de Poissy-Saint-Germain, chez les patientes de 38 à 40 ans, est de
s’intéresser plus aux autres indications dans la mesure où si le
problème est cervical, l’âge de la patiente ne vient que comme un
élément accessoire dans la décision. Donc, le problème de ce type de
prise en charge concerne les stérilités idiopathiques. En fait, ces
stérilités regroupent des dysovulations mineures, mais aussi des
indications masculines dites légères, voire des pathologies discutées
dans la fertilité, type endométriose. Disons que plus largement la
question se pose en regard de l’âge de la patiente pour les infertilités
sans cause retrouvée.
Revue de la littérature
La revue de la littérature doit permettre d’orienter notre réflexion
sur l’insémination intra-utérine chez ces patientes autour de quatre
axes : les critères d’efficacité des IIU, la place de la stimulation si
on retient les IIU, les critères spermiologiques et la place des autres
PMA.
Les critères d’efficacité des IIU
Une publication de 2002 de l’équipe de Norfolk a insisté et mis en
évidence, par une analyse de la littérature, que l’âge est un critère
principal de réussite des inséminations intra-utérines.
À Genève, l’équipe de Walker (2002) a montré que trois inséminations
suffisaient pour obtenir une grossesse. Cette procédure était efficace
pour les patientes d’âge inférieur à 39 ans et, en revanche, il fallait
plus d’un million de spermatozoïdes mobiles inséminés.
Aux États-Unis, l’équipe de Balmaceda (1994), par une étude
rétrospective, a soulevé le problème de la survenue au-delà de 40 ans
d’un grand nombre de fausses couches : le chiffre retenu par cette
équipe était de 70 %.
L’équipe de Long, dans le New Jersey aux États-Unis en 2000, a été
au-delà de ce chiffre puisqu’elle a signifié que dans son expérience,
après 40 ans, aucune grossesse n’était obtenue par insémination
intra-utérine.
À l’inverse, au Canada, l’équipe de shepherd, dans une étude également
rétrospective, a parlé de 9,8 % de grossesses par insémination, par
cycle, entre 40 et 42 ans.
On voit donc que la discussion est encore ouverte quant aux chances réelles de réussite autour de 40 ans.
Place de la stimulation
La métaanalyse de Colhen en 1999 (comme le travail rétrospectif de
l’équipe de Hendin aux États-Unis, mais aussi celui de l’équipe
finlandaise de Nuoja-Huttunen) a montré l’inefficacité de cycles
spontanés pour les inséminations intra-utérines ainsi que le non-intérêt
du recours au citrate de clomifène. Tous ont montré le bénéfice des
stimulations par FSH et/ou HMG, certains parlant de l’intérêt de
stimulations multifolliculaires.
Les critères spermiologiques
L’équipe de Lee à Taiwan en 2002, dans une étude prospective, a montré
que des formes typiques normales supérieures à 4 % dans le cadre de
critères de Kruger, suffisaient pour avoir des résultats lorsqu’on
réalisait des inséminations intra-utérines.
Rye aux États-Unis en 1999, dans une étude rétrospective a montré que
le seuil acceptable semblait être 5 millions/ml et 17 % de
spermatozoïdes mobiles.
Deux études américaines (Dawson en 2001 et Ohl en 2002) ont mis ce seuil à 10 millions/ml (!).
La place des différentes PMA
L’analyse de la littérature présentée par Homburg en 2003 a bien montré
que, dans les stérilités inexpliquées, l’insémination semblait bien
être une proposition de première intention valide.
Toutefois, par une revue de la littérature en 2003, Stewards a montré
que la FIV apportait un gain. Il l’a quantifiée comme modeste, mais
également avec un coût plus élevé. Finalement, en reprenant une autre
étude présentée par Goverde en Hollande en 2000 (étude prospective
randomisée), l’insémination intra-utérine avec stimulation modérée
semble donner les mêmes chances de réussite que la FIV à moindre coût.
FIV-NAT 2003 n’a montré aucune différence en termes de résultats chez
les patientes pour lesquelles on avait retenu une première prise en
charge par insémination et finalement un recours à la fécondation in
vitro, montrant bien qu’il ne semblait pas y avoir de perte de chances
dans ces cas. Toutefois, il a été noté qu’il y avait plus souvent des
échecs de fécondation en FIV après échecs d’inséminations et que le
recours à l’ICSI s’en trouvait justifié dans un certain nombre de cas.
L’étude IIU chez des patientes entre 38 et 40 ans au centre de PMA Poissy- Saint-Germain
Objectifs
L’objectif de l’étude était de situer la place des inséminations pour
les couples infertiles avec au moins une trompe saine et un bilan
spermiologique satisfaisant, chez les patientes âgées de 38 à 40 ans.
Méthode
Il s’agit d’une étude rétrospective. La base de données retenue
concerne 2 500 cycles. Ces 2 500 cycles ont été réalisés entre 1991 et
2000. Finalement, 82 couples ont été retenus sur 192 cycles.
Population
Près de la moitié (48 %) des patientes présentaient une stérilité
primaire. La durée d’infertilité était 4,3 ± 3,3 années. La FSH était à
7,48 ± 3,3 UI/ml.
Indications
La répartition des indications était la suivante :
– 16 % des patientes présentaient une indication cervicale pure,
– 37 % une indication masculine dite mineure,
– 2 % une indication mixte,
– 45 % une stérilité inexpliquée.
La spermiologie était considérée comme satisfaisante. En fait, le
nombre de spermatozoïdes inséminés (NMSI) semble être le facteur le plus
pertinent. Le NMSI moyen des patients était de 8,43 millions. Les
formes typiques étaient en moyenne de 56 %. Il est à noter, et cela est
en rapport avec le début de l’étude (1991), que les critères retenus
étaient à l’époque ceux de David.
Critère principal
Les résultats ont été évalués par la présence d’un sac intra-utérin avec activité cardiaque.
Résultats
Plus d’un tiers des couples a pu mettre en route une grossesse par
cette méthode. Il s’agit finalement de 29 grossesses cliniques, soit
15,10 grossesses par cycle. Moins de 3 inséminations ont suffi pour
obtenir la grossesse, et cela en moins de 6 mois dans 90 % des cas
Résultats de l’IIU chez les femmes de 38 à 40 ans au centre de PMA de Poissy-Saint-Germain.
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· 29 grossesses cliniques
· soit 15,10 % de grossesses par cycle
· soit 35,37 % de grossesses par couple
· en moyenne 2,33 ± 1,36 IIU pour 1 grossesse (min. : 1 ; max. : 6)
· en 3,29 ± 2,83 mois (90 % de couples IIU en moins de 6 mois)
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La FSH était identique pour les patientes enceintes que pour celles non
enceintes. Le NMSI était comparable à la population totale retenue pour
l’étude
FSH et NMSI des grossesses dans l’étude de Poissy.
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· FSH = 7,19 ± 3,8 [2,6 - 14,2]
(chez les femmes non enceintes, FSH = 7,67 ± 3,04 [2,6 - 18,8]
· NMSI = 7,99 ± 3,94 millions
Formes typiques : 54,6 %
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Moins de 3 inséminations ont suffi pour obtenir la grossesse et cela en moins de 6 mois dans 90 % des cas.
Conclusion
L’insémination intra-utérine, d’après cette étude, mais également
d’après l’analyse de la littérature, est justifiée et valide dans les
stérilités inexpliquées chez les patientes de 38 à 40 ans.
En revanche, la procédure doit être rapidement mise en place et
réalisée en moins de six mois. Trois inséminations semblent suffisantes,
au-delà la FIV est justifiée.
Trois inséminations semblent suffisantes, au-delà la FIV est justifiée.
Actuellement, le travail dans l’équipe de Poissy va être validé sur 300
cycles et les résultats semblent toujours cohérents. Le travail sur le
NMSI est intéressant et ouvre des perspectives. Aucun chiffre
significatif n’a pu être retenu, mais toutefois des tendances semblent
claires : 25 grossesses ont été obtenues parmi 149 inséminations
utérines avec un NMSI supérieur ou égal à 4 millions. Nous avions, dans
ce cas, 16,8 % de grossesses par cycle. Quatre grossesses l’ont été avec
un NMSI inférieur à 4 millions et, dans cette population, simplement
9,3 % de grossesses avaient été obtenues par cycle. On a donc là,
probablement, l’approche d’un seuil du nombre de spermatozoïdes mobiles
inséminables pour autoriser ce genre de procédure.
Sur les formes typiques, les critères de Kruger sont plus déterminants.
Là aussi, les chiffres montrent qu’il faut accepter les inséminations
si on a des formes typiques supérieures à 10 %.
| En pratique |
Devant un couple infertile dont la patiente a entre 38 et 40 ans
avec des critères spermiologiques satisfaisants, l’absence d’anomalie
tubaire, une ovulation préservée, trois inséminations en 6 mois sont
justifiées.
Néanmoins dans les 6 mois, pour éviter toute perte de chances, si
cette procédure n’aboutit pas à la grossesse, la FIV doit être mise en
place.
C’est en affinant le seuil du nombre de spermatozoïdes mobiles
inséminables et le pourcentage de formes typiques que pourra être mieux
proposé le recours d’emblée à la FIV, voire à l’ICSI. |